On vous l’a peut-être déjà dit. « Tu devrais déléguer davantage. » « Il faut apprendre à lâcher prise. » « Tu ne peux pas continuer à tout porter. »

 

Vous êtes même probablement d’accord. Alors vous essayez. Vous déléguez un peu. Vous laissez passer certains détails. Vous essayez de moins contrôler.

Et pourtant…Vous avez l’impression que quelque chose résiste. Comme si, à chaque fois que vous lâchiez un sujet, vous perdiez aussi une partie de vous-même.

C’est exactement ce qui est arrivé à Antoine.

À 51 ans, il occupe un poste où les responsabilités se sont accumulées au fil des années. Son esprit tourne en permanence. Son entourage s’inquiète. Lui parle de charge mentale.

Il m’explique son organisation, les priorités qui s’empilent, la pression quotidienne.

Et puis il me dit tout ce qu’il essaie de « lâcher ».

Pendant des années, Antoine a été celui que l’on consultait pour les dossiers complexes. Celui qui savait. Celui qui anticipait. Celui qui tenait l’ensemble.

Nous avons alors réalisé que le sujet n’était peut-être pas de lâcher des tâches. Le sujet était de changer de rôle.

Car avec le temps, nos rôles professionnels finissent souvent par raconter quelque chose de nous. Nous ne sommes plus seulement celui qui dirige un projet. Nous devenons celui sur qui l’on peut compter. Nous ne sommes plus seulement celui qui résout les problèmes. Nous devenons celui qui trouve toujours une solution.

Alors, lorsqu’une évolution nous demande de fonctionner autrement, ce n’est pas seulement notre façon de travailler qui est bousculée. C’est parfois notre identité.

Voilà pourquoi certains changements paraissent étonnamment difficiles. Une promotion. Une réorganisation. Un changement de responsabilités. Objectivement, il ne s’agit que d’une évolution de poste. Subjectivement, il peut s’agir de perdre la personne que l’on croyait devoir être.

Pour Antoine, mieux gérer sa charge mentale revenait presque à renoncer à être celui qui absorbe tout, qui anticipe tout, qui tient tout. Prendre de la distance, c’était risquer de ne plus être aussi fiable. Répartir davantage les sujets, c’était peut-être ne plus être au cœur de ce qui compte.

On parle souvent, en entreprise, de « résistance au changement ». Et si, parfois, ce n’était pas une résistance au changement… Mais une fidélité à une identité ?

À partir du moment où Antoine a commencé à voir qu’il pouvait rester une ressource solide pour son organisation, tout en incarnant ce rôle autrement, quelque chose s’est déplacé. Le sujet n’était plus la charge mentale. Le sujet devenait son repositionnement.

C’est souvent ce qui se passe en coaching. Le changement ne consiste pas uniquement à modifier un comportement. Il consiste parfois à découvrir qu’il existe plusieurs façons de rester fidèle à ce qui compte vraiment pour soi.

Alors je vous laisse avec cette question.

Dans les changements que vous traversez aujourd’hui, qu’essayez-vous réellement de préserver ? Une manière de faire… Ou une manière d’être ?